Dès le mois d’avril, Arnaud Montebourg a qualifié le projet socialiste de « rez-de-chaussée », François Hollande a affirmé qu’il faudrait « supprimer certaines mesures » et Pierre Moscovici
que « ça ne sera pas le projet du candidat ». Depuis, les critiques ne cessent de s’amplifier, comme si les socialistes se sentaient eux-mêmes obligés de se démarquer d’un programme si
peu crédible qu’il en devient embarrassant…
C’est d’ailleurs une vieille et très cynique habitude du PS de faire campagne sur un projet
démagogique dont on sait qu’il sera inapplicable. Souvenons-nous des aveux de Ségolène Royal, moins d’un moins après son échec à la présidentielle de 2007 : « il faut remettre
en cause un certain nombre de choses, par exemple le Smic à 1500 euros (…) ou la généralisation des 35 h. Ce sont deux idées qui étaient dans le projet socialiste et que j’ai dû reprendre
dans le Pacte présidentiel et qui n’ont pas été du tout crédibles. Moi-même j’avais un doute là-dessus.»
Dans ce cadre, on comprend mieux pourquoi Martine
Aubry, la seule à assumer en bloc les propositions du PS, essaye de faire diversion en dénonçant des rumeurs à son encontre pour se « victimiser ». La ficelle est grosse : Martine Aubry fait de
la rumeur sur les rumeurs pour masquer les tensions internes au PS et tenter de décrédibiliser l’UMP.
Quand le PS va-t-il vraiment
travailler sur le fond ?
15 propositions phares du PS jugées irréalistes par les socialistes :
1/ « Sur 5 ans, 300 000 emplois d’avenir seront proposés » (projet PS, p
20)
► Manuel Valls, député PS candidats aux primaires : « tout ne sera pas finançable, tout ne sera pas possible. Par
exemple, les 300 000 emplois jeunes, je n’y crois pas, bien évidemment. » (6 juillet 2011)
► Jérôme Cahuzac, Président socialiste de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, parle d’une proposition «
datée » (14 avril 2011, « les Echos »)
► Jean-Michel Baylet, sénateur et président radical de gauche du conseil général du Tarn-et-Garonne, candidat à la primaire
socialiste : « par, principe je ne suis pas favorable à une généralisation des emplois aidés, qui sont des emplois à court terme. » (Le Monde, 14 juillet 2011)
2/ « Nous reviendrons sur les dispositifs ayant dégradé les 35 heures » (Convention PS
pour un nouveau modèle économique p 14)
► François Hollande : « La France, globalement, doit travailler plus.» «On ne peut pas dire: on va rétablir les 35 heures
! ». (30 août 2007)
► Manuel Valls : « Est-ce que dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, avec la concurrence que nous connaissons, nous pouvons
nous permettre d’être sur des idées des années 70, 80 et 90 ? Non ! Il faut dépasser la question des 35 heures. » (2 janvier 2011)
► Martine Aubry : « il faudra reprendre ce qui n'a pas marché» dans les 35h, «les réponses de 2008 ne sont pas celles de
1997 ! » (rue 89 novembre 2008)
3/ « Nous défendons le maintien de l’âge légal du départ à la retraite à 60 ans » (projet PS p 28)
► Manuel Valls : « Il n’y aura pas de retour à la retraite à 60 ans (…) le dire c’est mentir aux Français. » (6
juillet 2011)
► Jean-Marie Le Guen : « Evidemment que nous ne reviendrons pas sur les 60 ans. » (LCI, 7 juillet 2011)
► François Hollande :
► Et Martine Aubry n’a jamais trop su où elle en était sur cette question :
4/ « Nous proposerons une allocation d’études » pour les jeunes (projet PS p
25)
► Pierre Moscovici : « il faut éviter de faire quelque chose qui ressemble à de l'assistanat. » (4 avril 2011)
► François Hollande : « l’état de nos finances publiques ne nous permet pas de financer une telle mesure à moins de renoncer à la
réduction de la dette… » et le Mouvement des Jeunes socialistes de réagir : « nous trouvons regrettable qu’un éminent cadre du PS, [François Hollande], remette en question une proposition, non
plus des jeunes socialistes mais de la famille socialiste »
5/ « La politique économique que nous proposons donne les moyens à la France de retrouver à partir de 2013 une croissance autour de 2,5%.
» (Projet PS p 29)
► Jérôme Cahuzac, Président socialiste de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale parie sur une croissance « comprise
entre 1,5 et 2% »… « C’est ainsi qu’on évite les mauvaises surprises » (les Echos, 14 avril 2011)
6/ « Nous annulerons 50 milliards de niches » soit 50 milliards d’impôts en plus (Projet PS p 29)
► Jérôme Cahuzac : « Il faut fixer une borne aux prélèvements obligatoires, 45% du PIB en tendance selon moi. »
(les Echos, 14 avril 2011)
► Ségolène Royal : « Je n’augmenterai pas les impôts, ça je peux vous le dire ! » (Libération, 7 juillet
2011)
7/ « Nous soutiendrons les entreprises qui réinvestissent leurs bénéfices par une modulation de l’impôt sur les sociétés »
(Projet PS p 29)
► Jérôme Cahuzac : « c’est irréaliste à court terme, car cela suppose de remettre en cause de multiples niches fiscales » (les
Echos, 14 avril 2011)
8/ « Nous rendrons la TVA éco-modulable afin qu’elle diminue pour les produits non polluants et qu’elle augmente pour les autres
» (Projet PS P 23)
► Ségolène Royal : « L’écologie ne doit pas être punitive ! » (Libération, 7 juillet 2011)
9/ « Pour sortir de la dépendance du nucléaire ou du pétrole, nous développerons massivement les économies d’énergie et les énergies
renouvelables » (Projet PS p 21)
► Martine Aubry : « Personnellement, je pense qu'il faudra sortir du nucléaire et je le redis » (5 avril
2011)
► François Hollande : « Un candidat socialiste ne peut prétendre sortir du nucléaire, » « abandonner une
industrie où on est sans doute les meilleurs, serait ni économiquement sérieux, ni écologiquement protecteur, ni socialement rassurant.» (Le JDD.fr, 30 mai 2011)
► Manuel Valls : « Le devoir de vérité s’impose. Cela induira très certainement une augmentation des prix. Et la
sortie définitive du nucléaire ne se fera pas en dix ans. » (Le Monde, 1er juillet 2011)
► Jérôme Cahuzac : « Nous avons une politique énergétique qui a été décidée il y a plusieurs dizaines d'années, tous les
gouvernements successifs ont souscrit à cette politique énergétique ; je pense qu'il en sera de même à l'avenir. » (Europe 1, 30 mai)
10/ Créer « une police de proximité présente sur tout le territoire » (Projet PS p
25)
► Delphine Batho, députée PS des Deux-Sèvres, secrétaire nationale socialiste chargée de la Sécurité de 2003 à 2008 : « Proclamer
le droit à la sécurité ne suffit pas. Trop de propositions ressemblent à ce que nous avons fait entre 1997 et 2002. On s'en tient à des solutions anciennes d'avant le 21 avril !
» (le Parisien, 18 novembre 2010)
► Ségolène Royal « Je souhaite que le PS reprenne mes idées, les approfondisse et que ce ne soit pas la ligne laxiste qui
l’emporte. » (Le Parisien, 23 août 2010)
► Arnaud Montebourg : « La sécurité est une des questions encore irrésolues de la gauche » (Le Monde 23 août
2010)
11/ Daniel Vaillant, ancien ministre de l’intérieur de Lionel Jospin est pour « une légalisation contrôlée du cannabis »
(15 juin 2011)
► Ségolène Royal : « Je crois que si on dépénalise le cannabis, le trafic se fera sur des drogues plus dures ».
«Nous n'avons aucune garantie » qu'en «dépénalisant le cannabis, on diminue la consommation ». (15 juin 2011)
► Manuel Valls s'est « fermement » opposé à la légalisation du cannabis car cette mesure « va à l'encontre de mes valeurs
». « Je crois que le vrai débat au sein du Parti socialiste, et les primaires vont le démontrer, c'est qu'il faut de l'autorité, de la règle, des repères, des valeurs. C'est de cela que
la société a besoin. » (15 juin 2011)
► Martine Aubry, il s'agit « d'un sujet trop sérieux pour qu'on prenne des positions tranchées » (France soir,
16 juin 2011)
12/ « Nous renforcerons les moyens de la police, de la gendarmerie, en créant 10000 postes de gendarmes et de policiers de proximité
» (Projet PS p 33)
► Manuel Valls : « il faut dire la vérité aux Français, vu l’état de nos finances publiques, nous ne pourrons pas revenir
à court terme sur l’ensemble des suppressions de postes. Je plaide davantage pour une réorganisation de nos forces de l’ordre. » (Aujourd’hui en France, 24 avril 2011).
► Jean-Jack Queyranne, Président socialiste de la région Rhône Alpes, « On ne gagnera pas en disant qu'il faut plus de
fonctionnaires » (L'Express, 30 mars 2011)
13/ Le PS veut « la régularisation pour les travailleurs étrangers » (Projet PS p
27)
► Martine Aubry « des milliers d'étrangers (…) n'ont toujours pas leurs papiers» c’est «une honte» «comme l'ont fait les
Espagnols, il va falloir régulariser des hommes et des femmes qui sont sur le territoire depuis longtemps». (France Inter, 15 septembre 2010)
► Ségolène Royal : « Sur l'immigration, je suis plus ferme que le PS. Je ne suis pas pour la régularisation de tous les
sans-papiers. » (Le Figaro, 6 juillet 2011)
► Manuel Valls : à propos de l’afflux des immigrés en provenance du Maghreb « Ils doivent retourner en Italie ou dans
leur pays ! » (12 mai 2011) « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » (Aujourd’hui en France, 24 avril 2011).
14/ Le PS imposera une « stricte limitation du cumul des mandats » (Projet PS p
28)
► François Hollande : c’est « une bêtise » revenant, pour le PS, à « se tirer une balle dans le pied », un «
affichage de rénovation » (L’Express, 13 juin 2010)
► Jean Paul Huchon, Président PS de la région île de France, « il peut y avoir un cumul entre un mandat parlementaire et
un mandat local non exécutif ». (septembre 2009)
► Pour le reste, les faits parlent d’eux-mêmes : au PS il y a plus de 140 parlementaires cumulards dont Arnaud Montebourg, député et Président du Conseil Général
de Saône-et-Loire, François Hollande, député et Président du Conseil général de Corrèze, Jean-Marc Ayrault, patron des députés PS, député de Loire-Atlantique et maire de Nantes, Manuel Valls,
maire d’Evry et député de l’Essonne etc…
15/ Le PS veut créer un grand élan démocratique avec sa primaire
► Ségolène Royal :
► Claude Bartolone : « dans mon département, des maires me disent « Claude débrouille-toi pour nous débarrasser de cette
primaire, on ne sait même pas comment on va l'organiser » (L’Express, 1er avril 2011)
► Jack Lang : « Toutes les personnalités socialistes devraient pouvoir se présenter. Or les apparatchiks des différents courants
ont imposé une présélection. Je regrette qu’on ne soit pas allé jusqu’au bout de la démarche des primaires. » (Le Parisien, 26 juin 2011)