Le secrétaire général de l’Elysée s’explique sur les polémiques récentes et détaille les projets du gouvernement.
Combien de temps pourrez-vous
prétendre réformer la France contre l’opinion et sans l’engagement de votre majorité?
Votre présentation est lapidaire ! L’opinion soutient les réformes du Président et lui fait confiance. Nos enquêtes sont claires : les deux tiers des Français souhaitent la poursuite des
réformes. Et la majorité y adhère à plus de 90 %.
Le Président a annoncé une taxe
carbone à laquelle s’opposent les deux tiers des Français...
C’était le cas à un moment où la présentation de la taxe n’avait même pas encore été faite. C’était compréhensible. C’est quand même une décision révolutionnaire que d’inventer une fiscalité
verte et de créer un nouvel impôt ! Il faut expliquer le texte, exposer les enjeux aussi. J’ai une immense confiance dans l’intelligence de l’opinion : les Français savent bien l’absolue
nécessité de lutter contre les émissions de CO2. Ils constateront que cette taxe est utile et qu’elle n’aggravera pas la pression fiscale. Si on veut que cette taxe s’installe, qu’elle soit
comprise par les Français, il faut qu’ils se l’approprient, sans brutalité initiale. C’est un choix politique. Et Nicolas Hulot – est-il assez écologiste ? – parle d’une "avancée
importante".
"Il est injuste d'accuser Hortefeux de racisme"
Vous imaginez l’UMP aller à la
bataille électorale des régionales devant des Français qui se chauffent au fioul domestique en se revendiquant de la taxe?
D’abord, je rappelle que la taxe est compensée. Ensuite, quand je vois ce que propose l’opposition, je crois que les élus UMP auraient tort d’hésiter. Le PS et les Verts proposaient de taxer plus
fortement encore la tonne de CO2 ! Martine Aubry voulait 32 €, Cécile Duflot était prête à aller jusqu’à 45 ! La majorité va porter l’engagement du Président dans la lutte contre le réchauffement
que les Français considèrent comme une priorité. J’ajoute qu’il n’y a pas que la taxe. Le dernier budget comportait de nombreuses incitations aux changements de comportements dans la consommation
énergétique. Il y aura d’autres innovations dans le projet de budget pour 2010.
De manière générale, êtes-vous
assez soutenus pour faire passer vos réformes?
La majorité – c’est normal – débat, propose. Mais jamais avant elle n’a manqué au gouvernement. Quant aux Français, Nicolas Sarkozy a souvent réussi à les convaincre d’accepter des choses
difficiles : l’alignement des régimes spéciaux, le RSA… Le lien direct avec l’opinion du Président est fondamental, et il demeure fort. Après plus de deux ans de mandat, la cote de Nicolas
Sarkozy est la même que celle de Barack Obama après huit mois…
"Nicolas Sarkozy a la même cote de popularité qu'Obama"
Mais le Président peut-il tout
porter? Vous allez avoir du mal à faire passer votre réforme territoriale contre la droite provinciale…
Mais cette réforme est voulue par les élus ! Bien sûr, nous en parlons avec les parlementaires et nous tenons compte de leurs avis. Et elle passera. Le projet sera adopté par le gouvernement en
octobre, et ne sera en rien édulcoré. Quand on dit devant des maires qu’on va simplifier la carte administrative, on se fait applaudir. Les parlementaires de la majorité le savent et sont dans le
même état d’esprit.
"Le grand emprunt soutiendra les fonds propres des entreprises"
Que redoutez-vous le plus en
cette rentrée, après bientôt un an de crise économique?
L’emploi est notre souci principal, même si la décroissance aura sans doute été moins forte que redouté. Nous avons progressé dans la protection des chômeurs. Les mesures exceptionnelles qui ont
été prises seront du reste sans doute maintenues après la crise, le contrat de reclassement personnalisé et le contrat de transition professionnelle par exemple. Des mesures sont en cours en
faveur des jeunes. Il faut aussi soutenir les PME. Le grand emprunt pourra servir à renforcer les fonds propres des entreprises. Ce sera en même temps une réponse à un problème français : comment
aider les petites entreprises à grandir, sans leur faire perdre leur indépendance?
Pourquoi n’avez-vous jamais su
créer un consensus national au cœur de cette tourmente?
C’est un mal français, une culture d’opposition systématique... Mais il y a eu aussi des avancées. Le Président a rencontré trois fois un groupe de parlementaires de droite comme de gauche, qui
l’ont nourri avant les G20. Il y avait Henri Emmanuelli, Didier Migaud… Le travail commun donnait au Président plus de force politique pour aller dans les rencontres internationales. Les
syndicats aussi ont été de vrais partenaires dans cette crise.
Faire condamner un syndicaliste
de Continental, ça ne fabrique pas du consensus…
C’est une décision de justice, indépendante. Je comprends les colères, et le Président lui-même sait dénoncer l’indécence de certains comportements. Mais rien ne justifie d’aller saccager une
sous-préfecture pour protester contre une fermeture d’usine. Il y a d’autres modes de régulation, d’expression et de recours!
La polémique entourant les
propos de Brice Hortefeux vous inquiète-t-elle?
Une conclusion s’impose: on ne peut plus faire des plaisanteries spontanées, dans un monde où tout le monde, tout le temps, est filmé. Sur le fond, je trouve très injuste qu’on accuse Brice de
racisme. La seule personne qui a pu percevoir le contexte de cet échange de propos est le jeune militant auquel il s’adressait. Or il n’a pas été choqué, il ne s’est pas senti agressé. C’est
toujours facile d’accuser en utilisant des propos hors de leur contexte.
Avez-vous tranché le débat sur la succession de Pierre Gadonneix à EDF?
Aucune décision n’a encore été prise, et il n’est même pas acquis que nous changions de PDG.
"Gabon: La France n'avait pas de candidat"
Vous avez été mentionné comme
l’inspirateur de la politique française au Gabon, et donc un soutien à Ali bongo.
Faut-il le redire? La France n’a soutenu personne dans l’élection gabonaise. Elle a toujours considéré que cette élection était l’affaire des seuls gabonais.
Vous n’êtes pas intervenu en
Guinée, pour
demander à ce pays de ne pas soutenir l’opposition?
Suite à des rumeurs, la France a demandé à la Guinée de ne pas soutenir des troubles susceptibles d’être fomentés chez son voisin. C’est bien le moins !
Votre homme en Afrique, Robert
Bourgi, était un soutien affirmé d’Ali Bongo, tout en revendiquant sa proximité avec Nicolas Sarkozy!
Robert Bourgi ne peut pas se poser en représentant de la France ou de son président. Je le lui ai dit. Ceci dit, M. Bourgi connaît bien l’Afrique et ses dirigeants. A ce titre, il est utile, dans
la compréhension que nous avons de ce continent. Cela ne fait de lui ni notre agent, ni notre porte-parole.
source : http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/Claude-Gueant-fait-sa-rentree-133017/