Tirer à vue contre Sarkozy a été contre-productif : le parti centriste plafonne à 8,5 %.
François Bayrou se retrouve chaussé de semelles de plomb pour la présidentielle de 2012. Le leader centriste misait sur ce scrutin pour conforter sa position de troisième homme, à même de supplanter le PS, dans la course à l’Elysée. Il joue ce soir le quatrième larron. Avec seulement 8,5 % des suffrages, le Modem a accepté, hier soir, sans barguigner sur les chiffres, «son échec» de la bouche même de Marielle de Sarnez, fidèle entre les fidèles de François Bayrou.
La formation centriste se retrouve loin derrière les listes Europe Ecologie de Daniel Cohn-Bendit qui engrangent plus de 16 % des suffrages. Rentré en fin d’après-midi de Pau pour s’enfermer aussitôt dans son bureau, le président du Modem a réfléchi son intervention télévisée jusqu’à 22 heures après un bref entretien avec Marielle de Sarnez et Jean-Luc Bennahmias : «Le résultat d’aujourd’hui est une déception. J’en prends ma part de responsabilité. Dans une campagne très dure, je ne suis pas parvenu à faire passer le message que je voulais faire passer. Je me suis laissé entraîner dans une polémique excessive», faisant référence à l’échange avec Daniel Cohn-Bendit jeudi soir sur le plateau de France 2. Il l’avait alors accusé à mots voilés de cautionner des pratiques pédophiles. Pourtant, le lendemain de cette passe d’arme, il déclarait, lors d’une conférence de presse, tout «assumer» de ses déclarations.
Amertume. Un mea culpa qui n’a pas suffi à éteindre les critiques contre le député des Pyrénées-Atlantiques, en première ligne tout au long de cette campagne. «Nous payons cette erreur stratégique commise pendant ce débat», a commenté sans tarder Jean-François Kahn, tête de liste Modem dans la région Est. Même Marielle de Sarnez reconnaissait : «Nous ne pouvons pas non plus tout mettre sur le dos des attaques violentes que nous avons encaissé de la part de Daniel Cohn-Bendit et d’autres.»
Au sein du Modem, les règlements de comptes n’ont pas tardé. Corinne Lepage n’a pas caché son amertume. «C’est une vraie déception. Je ne suis pas contente de ce résultat. Il faudra tirer les conséquences de la stratégie qui a été suivie. Il ne faut pas que le Modem soit une aventure personnelle mais collégiale, avec une autre forme de gouvernance», a déclaré la présidente de Cap 21, petite structure écolo intégrée au Modem. Même Jean-Luc Bennahmias, le vert converti à l’orange, couleur du Modem, a regretté que «les préoccupations environnementales n’aient pas été plus présentes dans notre campagne». «Nous avons oublié que cette élection était, en fait, un référendum pour sauver la planète.» «Le temps des explications doit venir plus tard», modère Marielle de Sarnez. Mais ces critiques ciblent directement la stratégie préprésidentielle poursuivie par le président du Modem.
Aliéné. François Bayrou, en faisant de cette campagne européenne un face à face avec Nicolas Sarkozy, une bataille ininterrompue et à tirs nourris contre le chef de l’Etat, a
cherché à se positionner comme le premier opposant de France au locataire de l’Elysée. Un statut que les électeurs ne lui ont pas reconnu. Sa campagne anti-Sarkozy aura rebuté
une partie de son électorat de droite traditionnelle. Il ne parvient pas à égaler le score de la défunte UDF (11 %) des européennes de 2004. Sa polémique avec Cohn-Bendit, elle,
lui aura aliéné des électeurs hésitant entre un vote de gauche modéré et la rigueur morale incarnée par le président du Modem. Sa stratégie de rassemblement, pivot de sa conquête élyséenne semble
avoir pris, hier soir, un peu de plomb dans l’aile. Après ses revers aux législatives de 2007 et aux municipales de 2008, avec un échec personnel à Pau, François Bayrou poursuit sa traversée du
désert.
source : http://www.liberation.fr/monde/0101572091-au-modem-le-naufrage-bayrou