Jeudi 30 avril 2009
4
30
/04
/Avr
/2009
18:36
Voici le discours prononcé par le Premier ministre à Rueil-Malmaison le 28 avril...
Mes chers amis,
Je suis heureux d’être parmi vous, à Rueil-Malmaison, chez Patrick Ollier, auquel me lie un long compagnonnage d’où est né une solide amitié, et dont je salue le travail exemplaire à l’Assemblée
nationale.
J’y retrouve avec plaisir Xavier Bertrand, Nathalie Kosciusko Morizet, Hervé Morin, Eric Besson, Christine Boutin, Patrick Devedjian, Jean Marie-Bockel, Bruno Lemaire, et naturellement Michel
Barnier et Rachida Dati qui défendront nos couleurs au Parlement européen.
Sur le chemin, je me souvenais d’une réunion publique tenue ici même il y a quelques années.
Elle était présidée par un homme pour lequel j’avais beaucoup d’admiration : je veux parler de Jacques Baumel.
Jacques faisait partie de ces gaullistes historiques qui, refusant la soumission et le déshonneur, s’engagèrent dans la résistance.
Il avait combattu pour la France, et, mesurant les sacrifices endurés, il croyait en l’Europe qui rassemble les peuples.
Aujourd’hui, la paix en Europe nous apparaît évidente, presque banale.
Et pourtant, imaginons un instant que nous fassions revivre ceux qui périrent dans l’enfer des tranchées et des camps de la mort, ceux qui furent les victimes des idéologies les plus inhumaines,
imaginons que nous leur annoncions que depuis plus d’un demi-siècle l’Europe vit en paix, ouverte à tous les échanges, avec une monnaie unique et des institutions démocratiques communes.
Ils ne pourraient croire à un tel miracle politique.
J’invite ceux qui doutent de l’Europe, ceux qui s’en désintéressent, à ne jamais oublier d’où nous venons.
Pendant des siècles, les Européens se sont déchirés et massacrés jusqu’au jour où ils décidèrent de s’unir.
Jamais dans l’histoire humaine, 6 nations, puis 12, puis 15, puis 27 ne s’étaient rassemblées de la sorte, et sans tirer un seul coup de feu.
Soyons fiers de ce résultat qui offre à notre jeunesse le privilège de traverser librement les frontières et non plus de combattre pour les défendre.
Mais soyons aussi lucides sur les nouveaux défis qu’il nous faut surmonter.
Il y a la crise économique actuelle, l’une des plus sévères depuis un siècle.
La prédation écologique qui dérègle les équilibres naturels de la vie terrestre.
L’épuisement des matières premières.
La maîtrise des grands flux migratoires et des déséquilibres démographiques.
Ce côtoiement des civilisations que notre époque s’ingénie, tout à la fois, à rapprocher et à opposer.
Et enfin, il y a la mondialisation qui constitue la rupture historique de notre temps.
Pendant près de quatre siècles, la France et une poignée d’autres États occidentaux ont dominé le monde. C’est fini !
Désormais, du continent asiatique au continent indien, du continent indien au continent sud-américain, des peuples motivés et doués bousculent notre longue prospérité.
60 millions de Français dans un monde de 6 milliards d’habitants assoiffés de progrès et bien décidés à nous concurrencer, voilà notre défi.
Défi impossible, diront certains !
Eh bien non, défi possible car nous avons l’Europe !
L’Europe qui avec ses 500 millions d’habitants a le pouvoir d’agir.
L’Europe dont le Produit National Brut est supérieur a celui des Etats-Unis et très largement au dessus de celui de la Chine.
L’Europe qui dispose de la seconde monnaie mondiale.
L’Europe qui réunit le plus grand nombre d’entreprises, de chercheurs, de technologies, de salariés qualifiés.
L’Europe qui, grâce à son agriculture, est maître de son indépendance alimentaire.
L’Europe qui dans la diversité de ses héritages intellectuels et culturels offre l’une des plus éblouissantes signatures du génie humain.
Il est facile de critiquer l’Europe, mais la vérité c’est qu’il est impossible de lui trouver une alternative !
Qui oserait aujourd’hui prétendre que la France seule pourrait répondre à la crise économique internationale ?
Qui oserait dire que notre nation doit être protectionniste alors même qu’elle est l’une des premières puissances exportatrices de l’Union européenne ?
Qui oserait soutenir que la lutte contre le réchauffement climatique, contre le terrorisme international et le crime organisé, contre les délocalisations, réclame moins d’Europe ?
Qui oserait enfin prétendre que la défense de nos intérêts nationaux n’est pas conciliable avec celle des intérêts européens ?
Avec le Président de la République, je vous demande d’être le parti de la France dans l’Europe et pour l’Europe.
Je vous demande de vous engager sans hésitation et sans complexe.
Je vous demande de porter l’idéal européen.
Pourquoi vous plus que d’autres ?
Parce qu’autour de nous rares sont ceux qui nourrissent de grandes ambitions pour l’Europe.
A l’extrême gauche, l’Europe est le bouc émissaire de toutes nos difficultés. Seules, les vieilles théories marxistes pourraient la métamorphoser en paradis social.
A l’extrême droite, l’Europe ne sera respectable que lorsque seront rétablies partout les frontières, autant dire lorsqu’elle n’existera plus.
Quant au parti socialiste il reste plus divisé que jamais sur l’Europe.
Il y a quatre ans de cela, il fut incapable de s’unir pour défendre le traité constitutionnel européen, et il s’est avéré, en 2008, tout aussi incapable de se prononcer sur le traité simplifié de
Lisbonne.
L’opposition ne croit vraiment en l’Europe que lorsqu’elle est socialiste.
Mais voilà, parmi tous les socialistes européens, aucun ne souscrit à la vision de leurs homologues français.
Ils sont tous plus modernes, ils sont tous acquis aux réformes.
Vous n’en trouverez pas un pour célébrer les 35 heures ou l’augmentation des dépenses publiques.
Le président de la République a bien plus de points communs avec Josée Luis Zapatero que Madame Royal n’en a avec le Chef du gouvernement espagnol.
Croyez-moi, le Premier ministre espagnol a dû tristement sourire en prenant connaissance des «pardons» de la présidente de la Région Poitou Charente au nom de la France.
Enfin, reste François Bayrou, pour qui l’Europe est devenue la dernière de ses préoccupations. Son obsession, c’est la présidence de la République, et pour cela, il a engagé avec la gauche, une
course à l’opposition systématique.
Au regard de ce paysage politique au sein duquel l’Europe n’est malheureusement que le paravent des ambitions partisanes, j’ai besoin de vous pour nous aider à relever un double défi.
Celui d’abord de l’abstention.
Lors des dernières élections européennes, seul un électeur sur deux s’est rendu aux urnes.
L’indifférence n’est pas digne de la cause européenne.
Certes l’Europe est complexe, certes il lui arrive de se montrer en deçà de nos espérances, mais l’indifférence est une forme d’impuissance, là où précisément nous avons besoin de l’engagement de
chacun pour faire avancer l’Europe.
On ne peut, d’un côté, exiger plus de l’Europe, et, de l’autre côté, refuser d’agir en citoyen européen.
On ne peut, d’une part, critiquer la prétendue technocratie bruxelloise et ignorer, d’autre part, la démocratie que le Parlement européen incarne.
Face à l’abstention des uns et à l’indifférence des autres, nous avons ensemble la responsabilité d’être européen pour tous ceux qui ne le sont que du bout des lèvres.
Nous avons le devoir de convaincre et d’entraîner tous les Français.
Le second défi est d’élever le débat au-dessus des querelles franco-françaises.
J’ai parcouru la récente intervention Martine Aubry prononcée lors du lancement de sa campagne européenne.
La moitié de son discours est consacrée au Président de la République et au gouvernement. Son mot d’ordre, c’est «sanctionner» !
Sanctionner tout ce que nous avons fait, tout ce que nous ferons, tout ce que nous avons dit, tout ce que nous dirons.
J’invite les Français à ignorer ce flot de critiques qui masque le vide des propositions alternatives.
Il ne faut pas se tromper de combat.
L’Europe mérite un débat de fond.
Un débat qui, au surplus, ne peut ressembler à ceux que nous avons connus par le passé.
Il ne s’agit plus de se prononcer pour une Europe fédérale ou une Europe des Etats.
Le débat institutionnel est derrière nous !
Grâce au président de la République, nous avons bâti un nouveau traité : le traité de Lisbonne, dont 25 nations ont quasiment achevé le processus de ratification, et qui régira pour les prochaines
années le fonctionnement de l’Europe.
Avec ce traité, nous avons conjugué les exigences d’une Europe plus efficace et les espoirs d’une France plus influente.
Parce que nous incarnons la synthèse entre l’Europe des nations et l’Europe de l’action, nous devons et nous pouvons rassembler le camp du «oui » et le camp du «non».
Avec cette élection, il ne s’agit pas non plus de se prononcer pour une Europe libérale ou une Europe sociale comme certains à gauche voudraient le faire croire.
De fait, l’Europe offre la singularité d’être à la fois libérale et sociale.
Elle se distingue par un marché ouvert mais aussi par le plus haut niveau de protection sociale du monde.
Fédéralisme ou souverainisme, libéralisme ou socialisme, là n’est donc pas le sujet de cette élection.
Pour nous, le seul sujet qui vaille, c’est l’Europe politique.
Nous voulons une Europe qui s’engage et agit.
Une Europe qui ne se perde pas dans les méandres de la bureaucratie.
Qui pèse dans le concert international.
Une Europe capable d’équilibrer la mondialisation et de la repenser.
Cette Europe là, c’est vrai, nous avons longtemps douté qu’elle fut possible.
En 1970, Henry Kissinger demandait avec ironie : « l'Europe, quel numéro de téléphone ? ».
Mes chers amis,
Durant les six mois de la présidence française de l’Union européenne, Henri Kissinger n’aurait eu aucune difficulté à joindre l’Europe.
A cette occasion, chacun aura saisit ce que signifiait l’Europe politique.
Sous la direction exceptionnelle de Nicolas Sarkozy, j’ai vu l’Europe se dresser et prendre ses responsabilités.
Je l’ai vu éviter un désastre financier majeur.
En convoquant, pour la première fois de l’histoire les chefs d'Etat et de Gouvernement de la zone euro, en agissant rapidement et collectivement, l’Europe a stoppé des faillites bancaires en chaîne
qui l’auraient plongée dans une dépression pire que celle de 1929.
En parlant d’une seule voix, j’ai vu l’Europe demander et obtenir le sommet du G20 à Washington qui fut suivi de celui de Londres.
En sachant ce qu’elle voulait, j’ai vu l’Europe peser de tout son poids sur la réorganisation et la moralisation du système financier international.
Sous notre impulsion, les paradis fiscaux vivent leurs dernières heures, une meilleure régulation des marchés financiers est enclenchée, le renforcement du rôle et des pouvoirs du fonds monétaire
international est amorcé.
Dans la foulée de notre Grenelle de l’environnement, j’ai vu l’Europe réussir à élaborer la législation la plus ambitieuse au monde en matière de lutte contre le changement climatique.
Avec un engagement ferme et obligatoire de réduction des émissions européennes de CO2 d’au moins 20% entre 1990 et 2020, l’Union européenne est en mesure d’imprimer sa marque dans les négociations
internationales qui se concluront à Copenhague en décembre prochain.
Dans la lignée de notre politique d’immigration choisie, j’ai vu l’Europe s’engager autour d’un pacte européen sur l’immigration.
Ce sujet autrefois tabou, du seul ressort des Etats, fait désormais l’objet d’une stratégie commune.
Puis, j’ai vu l’Europe au centre des négociations pour arrêter la guerre entre la Russie et la Géorgie.
Ce fut la première intervention diplomatique européenne réussie pour ce type de conflit. Alliée mais indépendante des Etats-Unis, l’Europe s’est montrée, à cette occasion, capable d’agir par
elle-même.
Dans toutes les capitales européennes, mes chers amis, la présidence française de l’Union fut saluée pour son audace et sa capacité à rassembler les plus hésitants.
Cette audace que nous devons au Président de la République répond à notre conviction : l’Europe a besoin d’être entraînée par des nations décidées et non hantées par l’obsession du consensus
mou.
Quelle est notre vision de l’Europe ?
Quel est notre projet ?
Priorité des priorités, nous voulons sortir l’Europe de la crise, et au plus vite.
Nous avons fait beaucoup en Europe pour la stabilité financière mais notre réponse collective à la crise économique peut être amplifiée.
L’Europe dispose d’une puissance considérable en matière de recherche et développement qui doit être ciblée sur les projets prioritaires.
Nous voulons que l’Europe se mobilise sur l’automobile du futur plutôt que pour nous reprocher d’aider notre industrie automobile.
Nous voulons une Europe qui nous permette de répondre à la mondialisation car nous n’avons pas vocation à en être le ventre mou.
Que faire ?
D’abord, ne pas hésiter à défendre l’idée d’un monde mieux équilibré au sein duquel les pays émergents sont à la table des discussions. Cela vaut pour le conseil de sécurité de l’ONU, pour le FMI
ou pour la Banque mondiale.
L’Europe pousse à un nouvel ordre mondial. La volonté de justice et de réforme vient du vieux continent !
Ensuite, instaurer au sein de l’Union européenne une coordination plus étroite entre notre stratégie économique et notre stratégie monétaire.
Construire de grands champions industriels européens.
Nous devons concentrer nos moyens sur des secteurs d’excellence : les transports, les télécommunications, le spatial, l’énergie, la santé et les biotechnologies.
Pour constituer des grands groupes, nous devons faire en sorte que les règles qui régissent la concurrence intérieure de l’Europe n’affaiblissent pas notre capacité à répondre à celle de nos
compétiteurs étrangers.
Si nous avons aujourd’hui des leaders - l’aéronautique avec Airbus, l’espace avec Ariane, le nucléaire – c’est par le fait de décisions politiques !
Enfin, défendons avec netteté nos intérêts stratégiques en affirmant clairement le principe de réciprocité. L’Europe est ouverte mais elle ne doit pas être naïve !
Nous voulons une Europe qui incarne un modèle où l’économie, le social et le développement durable s’enrichissent mutuellement.
L’Europe, ce n’est pas la terre du capitalisme sauvage, ce n’est pas celle du dirigisme bureaucratique. C’est la terre de l’économie sociale de marché !
La réglementation sociale reste largement du ressort des Etats membres, et il en est très bien ainsi, compte tenu des différences de niveau de vie entre les Etats.
Mais certaines questions sont d’évidence d’un intérêt commun pour tous les pays de l’Union : le moins disant social n’est pas notre solution !
Dans cet esprit, nous avons imposé, lors de la présidence française, un socle de protection sur le travail intérimaire pour les Etats membres qui n’en avaient aucun.
De même, l’Europe doit mieux définir les règles s’imposant pour préserver la sécurité et la santé des travailleurs sur leur lieu de travail, quel que soit l’Etat membre concerné.
Nous voulons une Europe dont l’indépendance de la diplomatie et de la défense nous distingue des autres puissances, fussent-elles amies.
Dans cet esprit, notre pleine participation aux structures de l’OTAN doit être, à mes yeux, le tremplin d’une véritable Europe de la défense.
Fidèle à une certaine conception du gaullisme, je crois à une Europe autonome, une Europe nouant des relations constructives avec la Russie, déployant un message de confiance vis-à-vis du monde
méditerranéen et du continent africain.
Je crois en une Europe qui déjoue le funeste scénario du choc des civilisations et qui impose sa médiation entre l’occident et l’orient.
Nous voulons une Europe proche des citoyens.
Le pouvoir européen ne doit plus apparaître comme opaque, arbitraire ou injuste.
La responsabilité de cette opacité, de cet apparent arbitraire des décisions européennes vient notamment du poids des multiples comités techniques qui à Bruxelles sont chargés d’adapter les lois
européennes votées par les Etats et le Parlement européen.
Ces comités – il y en a plus de 300 ! - échappent de fait à tout contrôle politique, et c’est comme cela qu’on arrive à des décisions absurdes, comme celle sur le coupage des vins rosés.
Cette situation ne peut plus durer !
J’ai donné des instructions pour que les experts techniques français siégeant à ces comités soient désormais placés sous le contrôle étroit du Gouvernement.
Le pouvoir européen est trop éclaté, trop instable.
Comment avoir une politique cohérente lorsque la Présidence du Conseil européen change tous les six mois ?
Voilà pourquoi il est si important de mettre en place le Président stable du Conseil européen, comme le prévoit le traité de Lisbonne.
Voilà pourquoi l’autorité grandissante du Parlement européen, démocratiquement élu par les citoyens, est un atout, comme l’est aussi la plus grande implication des parlements nationaux.
L’Europe des citoyens, c’est un Conseil européen renforcé où les décisions politiques sont clairement assumées, c’est un Parlement respecté, c’est une Commission décidée et agissante offrant des
solutions et dégageant des compromis.
Enfin, nous défendons le principe d’une identité européenne.
L’Europe n’est pas qu’une monnaie unique, elle n’est pas qu’un marché économique, c’est une culture, c’est une histoire, ce doit être une âme partagée.
Pour moi, l’Europe ne peut pas être une ambition désincarnée.
L’Europe, c’est Madrid, Prague, Londres, Rome, Varsovie, Berlin, Vienne, Athènes : au seul énoncé de ces villes, je sens nos héritages et nos cultures entremêlés circuler dans mes veines de
Français.
Par-delà ses aspects politiques et administratifs, je vois l’Europe comme une rencontre charnelle entre des nations millénaires, brillantes et démocratiques.
Ce qui se joue, c’est notre capacité à promouvoir une identité commune.
Oui une société européenne existe - qu’on peut nommer culture, héritage, ou civilisation, qu’importe ! L’essentiel à mes yeux est d’en sentir la force et le prix.
Elle donne à nos parentés européennes leur évidence.
Elle s’enracine dans un passé d’expériences et de lectures communes.
Elle se nourrit des contacts permanents de nos patrimoines artistiques, philosophiques et moraux.
Oui, moraux, car il y a dans la civilisation européenne un répertoire de valeurs qui, aux frontières de l’Union, signent notre différence.
L’humanisme. La tolérance. La liberté de conscience.
L’individu pris comme référence de toute justice.
L’Etat de droit, seul fondement légitime du pouvoir.
La prise en charge publique de la solidarité.
La considération accordée à la force du savoir et aux transmissions familiales et spirituelles.
L’attachement au marché, cadre où se valorisent, par la libre concurrence, le capital et le talent.
La confiance placée dans la science, l’innovation industrielle et le progrès.
Ces traits disent où commence et s’épanouit l’Europe.
Ils disent où l’expérience européenne rencontre les modèles concurrents, où elle s’en distingue.
L’élargissement sans fin de l’Europe ne peut être un objectif en soi.
Notre refus non négociable d’accepter l’adhésion de la Turquie n’est pas une hostilité vis-à-vis de cette grande et prestigieuse nation, qui doit être étroitement associée à l’Union européenne.
Mais il faut des frontières à l’Europe, il faut des frontières stables, qui permettent de faire émerger une conscience européenne.
Nous savons que l’Europe existe, mais sommes nous véritablement conscients de son destin, de notre destin.
En 1775, le tremblement de terre de Lisbonne et ses 30.000 morts inspirèrent à Voltaire un poème tourmenté. Dans cet écrit, Voltaire prend part comme personne avant lui à ce scandale que sont les
souffrances d’un peuple voisin.
Solidarité, fraternité, compassion transcendant les frontières : ces sentiments ont leur nouveauté au milieu du XVIIIème siècle.
Avons-nous depuis progressé dans ce que je me permettrai d’appeler l’âme européenne, je veux parler de ce sentiment d’être uni par les mêmes épreuves et les mêmes espoirs ?
Cette élection européenne, mes chers amis, n’est pas seulement l’occasion de parler de la France que nous aimons et de l’Europe que nous voulons.
Elle doit être aussi l’occasion d’offrir à l’Europe, une part de notre coeur
0