Lundi 22 septembre 2008 1 22 /09 /Sep /2008 08:06

Dures journées à venir pour Gordon Brown! La saison des Conferences (c’est ainsi que l’on nomme les congrès des partis politiques en Grande-Bretagne) pourrait même tourner à l’humiliation pour le Premier ministre britannique. Au début de la semaine, une douzaine de députés travaillistes ont demandé que les militants puissent, à l’occasion de leur réunion, organiser un vote pour décider ou non de son maintien à la tête du parti.

Gordon Brown tient encore suffisamment l’appareil du Labour pour que, selon toute vraisemblance, la question ne soit pas posée. Mais le Premier ministre a dû subir toute une série d’interpellations plus désagréables les unes que les autres de la part des siens.

« C’est le chef de gouvernement le plus impopulaire depuis Neville Chamberlain [signataire des accords de Munich]», s’est écrié l’un d’entre eux. Tandis qu’un autre déclarait : « C ’est peut-être injuste pour Gordon mais je pense que l’électorat a cessé de l’écouter .»

Peut-être est-ce, en effet, injuste car la dégringolade du Parti travailliste, qui ne recueille plus que vingt-six pour cent des intentions de vote, n’est pas due seulement à l’impopularité de son chef. On assiste, surtout, à «l’agonie du New Labour» , épuisé par onze années de pouvoir, comme l’a dit Nick Clegg, le jeune leader du Parti libéral démocrate. Nick Clegg, comme David Cameron, le chef du Parti conservateur, appartient à une nouvelle génération d’hommes politiques et cela accentue le sentiment qu’une page est en train de se tourner.

Ailleurs en Europe, la pièce est déjà jouée. Alors qu’à la fin des années 90 les partis sociaux-démocrates étaient partout ou presque au pouvoir, seule l’Espagne de Zapatero a résisté à la déferlante d’une nouvelle droite.

Dans les autres « grands » pays, le désarroi provoque déchirements et intrigues. Comme en France, en Allemagne et, dans une moindre mesure, en Italie, les directions sociales-démocrates se déchirent. En Allemagne, le SPD s’est doté au milieu du mois d’un nouveau président, le quatrième en quatre ans, Frank Steinmeier. L’homme est honorable, c’est un ministre des Affaires étrangères respecté et populaire, mais il ne dispose d’aucune base électorale car il n’a jamais été candidat à rien. Il a fait toute sa carrière dans l’ombre de Gerhard Schröder et ses options politiques restent un mystère. Le président évincé, Kurt Beck, a dénoncé « les intrigues et les complots » qui sont à l’origine de son départ. La situation allemande est un bon cas d’école pour les autres partis de la gauche démocratique.

D’ores et déjà, les élections de l’automne 2009 s’y annoncent comme un désastre pour le SPD. Les intentions de vote pour ce parti sont tombées à vingt-six pour cent et il y a peu de chances pour qu’elles remontent sensiblement car, sur son flanc gauche, émerge une nouvelle formation, composée d’anciens communistes de RDA et de transfuges du SPD, qui recueille quatorze pour cent de ces mêmes intentions. Die Linke ou « la Gauche », c’est ainsi qu’elle se nomme, pourrait servir d’exemple au Nouveau Parti anticapitaliste en voie de formation en France.

Partout, les sociaux-démocrates, déjà à court d’idées, voient les gouvernements de cette nouvelle droite s’emparer des thèmes qui étaient les plus populaires dans leur attirail idéologique, qu’il s’agisse de l’environnement ou de la justice sociale. Silvio Berlusconi a imposé une taxe de 1 milliard d’euros surnommée « taxe Robin des bois » aux compagnies pétrolières et d’électricité pour redistribuer cet argent aux plus défavorisés. Et ce n’est pas un hasard si Nicolas Sarkozy a décidé de la mise en œuvre du RSA à la veille de l’Université d’été de La Rochelle.

Dans ces conditions, l’année 2009 s’avère d’ores et déjà catastrophique pour la gauche européenne. Ensuite, l’avenir appartiendra à ceux qui auront su le mieux tirer les leçons de la crise actuelle du système financier.

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