« L'avenir s'arrête là. » Véronique Ménard a 34 ans et treize ans d'ancienneté chez Doux. Ses mots reflètent son état d'esprit. Et celui de son compagnon, Jacques Le Guillou. Lui aussi travaille dans la société depuis treize ans et les projets d'avenir ne sont plus à l'ordre du jour pour ces parents de trois jeunes enfants. « On vit en location, on voulait acheter une maison. Enfin, c'était le projet. Avec ce qui se passe, une banque ne nous fera jamais crédit. »
Ici, à Locminé, les employés ont souvent vingt à trente ans d'ancienneté. Tous sont encore choqués par l'annonce de jeudi. « On savait que le secteur était en crise mais de là à fermer l'usine... », raconte Christophe Jego, magasinier et employé depuis vingt-sept ans. Isabelle Morice, responsable de l'atelier impression des étiquettes, confirme : « Je suis restée sans voix et j'ai encore du mal à y croire. On travaille ici depuis des années, nous avons tissé de vrais liens entre nous, c'est comme une seconde maison. »
Le travail a pourtant repris, hier matin, mais le coeur n'y est plus : « On est tous sur les nerfs. On est habitué au travail à la chaîne, pour la plupart, ce ne sera pas facile de changer de boulot, mais on ne se démoralise pas, on tient le coup », confie Christian Morzan, frigoriste depuis trente-quatre ans.
À Pleucadeuc, c'est l'activité canard qui va disparaître. Et, 62 emplois qui passent à la trappe. L'amertume, ici aussi, domine. Nicole, 57 ans, témoigne : « Je travaille ici depuis vingt-six ans. On ne sait pas ce qu'on va faire. On se lève à 4 h du matin pour travailler, on s'installe dans la vie, et puis on nous jette comme un chiffon ! Moi, j'ai mon nombre d'années de cotisations retraite. Mais les jeunes ? Ça vous crève le coeur ! »
Résignés, tous les employés attendent maintenant le comité d'entreprise du 22 juillet. « On n'a plus rien à perdre, alors tout ce qui doit être fait, on le fera », affirme Véronique Ménard.