Dimanche 11 avril 2010
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Fonctionnaires, aiguilleurs du ciel, salariés du privé, conducteurs à la RATP… il existerait aujourd’hui 38 régimes de retraite
différents en France, avec leurs petits ou grands avantages. Mais ce particularisme généralise aujourd’hui la suspicion, chacun accusant l’autre de profiter de plus de privilèges. Alors
que la première
concertation sur la réforme des retraites s’ouvre le 12 avril prochain, le magazine L’Express
sort cette semaine une très bonne enquête sur le sujet. “Retraites : Les vrais privilégiés”, l’hebdomadaire ouvre le dossier des
inégalités, qu’elles soient “réelles ou supposées”.
L’opposition classique privé/public
Comme le démontre l’enquête menée par L’Express, les retraites du privé et du public sont bien différentes. “Il n’est donc
pas facile de comparer. Pourtant le résultat ne fait guère de doute : à ses retraités, le public offre plus d’un avantage”. Les fonctionnaires le savent et leur régime en fait jaser plus d’un,
surtout en période de crise. En tout, 5 millions d’agents publics profitent d’une garantie de l’emploi et la cumulent avec celle de la retraite. “Une protection à vie inestimable qui tranche avec
celle du privé”, ajoute L’Express. En 2003, la réforme Fillon avait tenté d’aligner les deux régimes en égalisant la durée de cotisation à 41 annuité, d’ici 2012. Reste que le taux
de cotisation des salariés du secteur public est figé depuis plus de 20 ans à 7,85% de leur salaire brut, un niveau nettement inférieur au privé.
Autre différence, pour ne pas dire avantage : dans le public, le calcul de la pension se fait à 75% de la rémunération des six
derniers mois de salaires qui sont généralement les meilleures de toute une carrière. Du côté du privé, on tient compte des 25 meilleures années de la vie professionnelle. En ce qui concerne les
départs anticipés, ce sont surtout les fonctionnaires et mère de trois enfants qui en profitent. Ayant cumulées 15 ans d’activité au sein de la fonction publique, elles peuvent partir à la
retraite à 43 ans pour la RATP, à 45,3 ans pour la SNCF et à 48,3 ans pour la fonction publique territoriale et hospitalière. “De plus, elles ont le droit de prendre un emploi dans le privé
après avoir liquidé leur pension publique et cumulent leur retraites avec leur nouveau salaire”, explique l’hebdomadaire.
“Les super gagnants”
Au dessus des privilégiés, l’enquête de L’Express sort du lot quelques grands gagnants des retraites, comme les aiguilleurs
du ciel qui cumulent les privilèges de la fonction publique et “d’un statut à part très choyé”. Comme le notait le rapport
de la Cour des Comptes (février 2010), les contrôleurs aériens ne travailleraient que 99 jours par an. L’âge légal de
départ à la retraite est fixé à 57 ans, mais ils peuvent facilement partir à 50. Et depuis 1984, le droit de grève leur a été accordé. Ainsi “dès que l’un de leurs nombreux acquis est menacé, ils
usent et abusent de leur pouvoir de paralyser le transport aériens”, ajoute L’Express.
Autres grands privilégiés, les parlementaires reçoivent des “pensions tout confort” : en moyenne 2 700 euros par mois pour un député
et 4 442 euros pour un sénateur. Depuis la réforme Fillon de 2003, ce régime exige en contrepartie la justification de 40 annuités pour toucher, dès 60 ans, une retraite à taux plein. Toutefois
une autre possibilité s’offre à eux : procéder à une double cotisation pendant 22,5 ans. Même si les élus atteignant ce plafond sont rares, la pension reste calculée en fonction du nombre
d’annuités acquises. Comme l’explique L’Express : “Un mandat de 5 ans à l’Assemblée Nationale suffit pour percevoir autour de 1 500 euros par mois. Pour deux mandats, ce chiffre atteint
3 000 euros par mois et 4 500 pour trois”. “C’est la rolls des régimes spéciaux”, attaque l’association Sauvegarde retraites.
Grands patrons : les retraites “chapeaux” qui fâchent
La polémique sur la retraite dorée d’Henri
Proglio, PDG d’EDF et anciennement président du conseil d’administration de Veolia, a quelque peu irrité les Français qui
“ne supportent plus ces avantages taillés sur mesure pour les grands patrons”, selon L’Express. Créées pour combler un manque, les retraites dites “chapeaux” viennent aujourd’hui
s’ajouter allègrement aux régimes de retraite obligatoire. Le manque de transparence et d’encadrement, qui entoure ces attributions, accuse d’autant plus ce système.
Un sondage Ifop pour l’hebdomadaire Challenges révèle que 52% de la population trouvent cet avantage totalement injuste, au
delà même des bonus des traders ou du bouclier fiscal. Embarrassé, le gouvernement a déjà doublé les taxes applicables, depuis le 1er janvier, pour tenter de calmer les esprits. L’exécutif s’est
engagé à remettre au Parlement un rapport qui établira le nombre d’entreprises et de bénéficiaires, ainsi que le montant moyen des rentes versées.
La réforme de demain ?
Dans quelques jours, le 12 avril précisément, débutera la première concertation sur la réforme des retraites engagée par le
gouvernement. Mais qu’est-ce-qui attend vraiment les Français ? Nicolas Sarkozy l’a dit : il ne s’agira pas d’un changement radical de système. Le passage à un système à point, longuement étudié
par le COR (Conseil d’Orientation des Retraites), n’a pas été retenu. Il s’agira avant tout de jouer sur le “travailler plus longtemps”. Augmenter l’âge légal du départ à la retraite,
actuellement fixé à 60 ans, apparaît aux yeux du gouvernement comme une priorité afin d’assurer la crédibilité française. Pour Nicolas Sarkozy, il faut avant tout retrouver un équilibre
financier, tout en prenant en compte la question de la pénibilité qui donnera de l’âme à ce lourd travail.
source : http://lesinfos.com/2010/04/08/retraites-les-vraies-inegalites/